/ Le Boss est mort

Theatre
HumorResume
Texte : Yvon Deschamps Avec : Benoît Brière
Mise en scène : Dominic Champagne
Scénographie : Michel Crête Musique : Michel Smith Costume : François Saint-Aubin Lumière : Martin Labrecque Assistance à la mise en scène Marie-Hélène Dufort
Une co-production Les Productions Pourquoi le boss inc. et du Théâtre Il va sans dire
Entrevue avec Yvon Deschamps Montréal, 28 octobre 2010
Dominic Champagne Comment est né le personnage de la pièce?
Yvon Deschamps Le personnage est né dans le contexte de l’Ostie d’show. J’écrivais des petits sketchs, avec ce personnage du gars de la shop qui parlait toujours de son boss. J’ai voulu écrire un sketch avec quatre personnages : Robert Charlebois, Mouffe, Louise Forestier et moi. Mais on n’a pas pu le répéter.
DC Pour toi, il y a une distinction entre le personnage et Yvon Deschamps?
YD Pour ma part, je fais une distinction claire entre le personnage et Yvon Deschamps. Au départ, j’avais imaginé un personnage, parce que dans ma tête, je faisais du théâtre. Le personnage n’a pas de rapport avec moi. Quelqu’un d’autre aurait pu jouer ce personnage.
Je ne me voyais pas du tout comme un stand-up. Je n’ai jamais été un stand-up. Je suis un monologuiste. J’écris des petites histoires, ces petites histoires sont transportées par un personnage. Ce personnage a vécu des choses qu’il nous raconte sur scène. Si dès le début, j’avais donné ce texte à un acteur ou à un comique, ça aurait été plus facile de faire la distinction. Olivier Guimond aurait très bien pu dire ces mots-là et jouer ce personnage-là. On ne l’aurait pas vu comme Olivier Guimond, mais comme le gars de la shop.
DC C’est très clair pour moi qu’il y a un acteur qui joue un personnage. Qui est ce personnage?
YD Le personnage est un amalgame de plusieurs personnes que j’ai connu. Quand on commence à écrire, il faut partir de quelque chose. C’est quelqu’un qui est toujours en attente, qui ne peut pas prendre de décision. C’est quelqu’un qui attend que quelqu’un d’autre fasse ce qu’il faut pour que ça aille mieux dans sa vie. Un personnage innocent mais qui comprend des choses. Il est incapable de prendre des décisions.
Mon père a été dans cette situation pendant longtemps. Il voulait dire à son boss qu’il ne le payait pas assez. Mais c’était vraiment risqué de le dire. Il aurait pu se faire mettre dehors et il avait une famille à nourrir. Le personnage est toujours dans cet état d’inquiétude totale, parce que s’il bouge, s’il pose un geste et que ce n’est pas le bon, les conséquences peuvent être épouvantables. Donc à mon sens, il est en attente. Il attend. Il attend que ça se règle. Il attend. Et son boss représente sa sécurité. Tant que son boss est content, il a sa paye. Tant qu’il a sa paye, il peut nourrir son petit.
DC Ton regard sur ton père est une source d’inspiration du personnage.
YD Oui, mon père a été une des sources d’inspiration du personnage. Mais lui, il a fini par réagir. Mon père s’est levé un matin et a décidé de demander une augmentation. Ma mère lui a dit : tu es fou, ils vont te mettre dehors. Il était prêt à prendre le risque. Il a réagi. Mais pendant longtemps, beaucoup de gens autour de moi étaient dans cette situation. Ils restaient des enfants, dépendants de leur boss. Le boss était très important pour eux.
DC Quels sont tes maîtres ou tes influences? Ceux qui t’ont amené à cette écriture là, à cette expression là?
YD Quand j’ai commencé à écrire, mes plus grandes influences étaient Gratien Gélinas et Clémence Desrochers. Monsieur Gélinas écrivait des revues dans lesquelles il y avait beaucoup de personnage. Mais c’est son personnage de Fridolin qui m’a le plus marqué. J’étais enfant quand je l’ai entendu pour la première fois. Je l’ai vu sur film avec le monologue C’est ma fête aujourd’hui. C’est sa fête mais tout le monde a oublié, même sa mère. Ça m’avait marqué. Il portait un chandail du Canadien, un slingshot, une casquette de travers. C’était un très beau personnage.
Clémence aussi m’a beaucoup marqué. J’ai travaillé avec elle pendant des années. Elle écrivait des sketchs. Lors de nos spectacles, la deuxième partie était consacrée aux monologues de Clémence. C’était son spectacle. Elle a donc été une grande influence pour moi.
La forme des monologues me rappelait mon enfance. Mon père était un excellent conteur et il accrochait souvent une chanson aux histoires qu’il nous racontait. Clémence aussi utilisait la chanson dans ses monologues. Quand j’ai commencé à écrire des monologues, j’ai voulu ajouter un peu de musique, un peu de chansons. L’idée était d’amener la dimension poétique du personnage. Quand on est seulement dans la dérision, c’est difficile d’en sortir. Mais à la fin d’un monologue, pour changer l’atmosphère, ça prend quelque chose : un bruit ou de la musique. Buissoneau disait qu’il fallait choisir ce qui est le plus efficace, soit un cri, un bruit, une musique ou un geste. Donc la musique me permettait de changer l’atmosphère.
Tranquillement, avec les années, il y a eu de plus en plus d’interventions du public. Je m’adressais au public, je répondais s’il réagissait. Les gens ne savaient plus si c’était le personnage ou moi qui parlait. Même dernièrement, je parlais avec un humoriste très connu, Maxime Martin, il voulait me parler de son nouveau spectacle. Quand je lui ai dit qu’on prépare une pièce de théâtre avec mon premier personnage, il n’a pas compris qui était mon premier personnage. Je lui ai dit que mon premier personnage, c’est le gars de la shop. Il avait toujours pensé que c’était moi sur la scène.
DC Est-ce que tu cherchais à provoquer ce genre de réaction là chez les gens?
YD En utilisant l’humour par l’absurde, je cherche à provoquer des réactions. En montrant un personnage qui a l’air tellement niaiseux, qui se laisse faire, qui ne bouge pas. Je ne voulais pas faire la morale aux gens, mais plutôt leur montrer un personnage ou une situation qui peut les réveiller ou provoquer des petits changements chez eux.
DC Donc il y avait une envie de provoquer chez toi au départ
YD Je ne sais pas si j’avais l’envie de provoquer au départ, mais c’est ce qui est arrivé. C’est ma façon de concevoir l’humour.
DC Il y avait quand même un esprit de révolte.
YD Sur le coup, je ne pense pas que j’étais animé par un esprit de révolte. Je parlais des gens que je connaissais, de mon monde. Je trouvais que c’était drôle. Si je m’en moquais, c’est que je trouvais que c’était insensé. Mais ça n’allait pas plus loin, je n’étais pas indigné.
DC Il y a une capacité extraordinaire dans ton œuvre à partir d’un fond tragique et de le tourner en dérision.
YD Quand j’ai fait le monologue sur les unions, j’étais très content de voir que le monde aimait ça. Sans plus. Je ne pensais pas écrire d’autres monologues. Mais le succès de Charlebois a fait qu’on a beaucoup joué l’Ostie d’show. Robert écrivait de nouvelles chansons. J’ai pensé que moi aussi j’avais peut-être d’autres choses à dire. J’avais beaucoup de facilité à improviser sur scène. Les idées me venaient spontanément et je demandais aux autres de me laisser aller dans les sketchs. On convenait d’une phrase pour reprendre le fil du sketch.
À partir de là, je développais et je trouvais des choses à dire. J’avais cette facilité. J’avais toujours le même mordant, je ne sais pas pourquoi. J’ai senti que je continuerais à écrire. On me demandait d’écrire autre chose. J’étais prêt à le faire, en autant que je trouvais des sujets importants. Des choses dont je voulais parler parce qu’elles étaient importantes à mes yeux. Si je pouvais faire rire les gens avec ça, tant mieux. C’était la base. Je ne sais pas faire rire pour rire – je trouve que les comiques sont fabuleux. Faire rire les gens, c’est déjà quelque chose. Personnellement, je n’ai pas ce talent. J’ai besoin d’une histoire, d’un rythme. Ça prend un certain temps à décoller, mais quand les gens se mettent à rire, après ils rient à tout. Parce que le rire est subjectif. Quand les gens t’ont définit comme comique, ils rient à tout.
DC Pourquoi avoir choisi Benoit? Il y a d’autres bons acteurs?
YD Il y a des bons acteurs, mais il n’y en n’a pas beaucoup comme Benoit. La première fois que j’ai vu Benoit, il a faisait une publicité où il était accroché à une corde à linge. Il ne parlait pas. Il essayait d’accrocher un billet de loto. J’étais complètement figé devant l’écran. Je me suis dit que c’était vraiment un acteur. En 20 secondes, tu le vois : son œil, son mouvement… C’est tout un acteur.
Benoit est un acteur comique rare. C’est important pour le spectacle, parce dans les monologues, il y a des farces. Mais comme acteur, il peut aussi être dramatique et même tragique. Dans les monologues de la pièce, il doit pouvoir passer brusquement du comique au drame. Benoit peut faire ce genre de revirements. Il n’y a pas beaucoup d’acteurs qui peuvent le faire et personne ne peut le faire mieux que lui. Il est donc mon acteur fétiche. C’est mon acteur. Il a l’âge et le physique du personnage. Je suis tellement content qu’il ait accepté de jouer le rôle.
DC C’est quoi Le boss est mort?
YD Pour moi, la mort du boss, c’est la fin d’un monde. Pour le personnage, c’est la fin du monde. Son boss est mort. Il essaie de survivre. Mais au départ, on comprend que c’est la fin du personnage, il ne pourra jamais s’en remettre. Le boss représente Dieu, c’est sa raison d’être. Avec la mort du boss, il n’y a plus de vie possible.
Ça semble dramatique, le boss est mort. Ce n’est pas dramatique. C’est tragique en maudit, mais c’est drôle. C’est quelque chose qu’on n’a jamais vu. Ce sont des monologues qui ont été créés à des périodes différentes et qui seront joués tous ensemble. Une série de monologues jouée par un super acteur, qui va être merveilleusement dirigé, dans un beau décor. Qu’est-ce qui va se passer? Est-ce que ça veut dire encore quelque chose pour nous? Le spectacle pose beaucoup de questions. Mais ce qui est sûr, c’est que ça va être drôle. Personne ne pourra s’empêcher de rire à tous les trente secondes tellement le spectacle est rempli de farces.
Le boss est mort, on va se tordre de rire!!
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Hall
Ludger-Duvernay Theatre
Tickets price
Parterre: 57,00$
Mezzanine: 51.50$
Balcony: 16.50$
- 28MarchWed20:00
- 29MarchThu20:00
- 30MarchFri20:00
- 31MarchSat20:00


